NOV 2016 : BLE STRESS HYDRIQUE

Influence du stress hydrique et comportement variétal en blé bio en Provence

Quelle adaptation variétale au stress hydrique et aux changements climatiques en Provence en mode de production biologique? C’est à cette question que s’attellent depuis plus de deux ans maintenant les producteurs bios des Alpes de haute Provence avec l’appui d’Agribio 04, d’Arvalis et du Parc du Luberon dans un programme d’expérimentation regroupant des variétés modernes et paysannes.

Pour la deuxième année consécutive, des essais de variétés de blé tendre en microparcelles ont été implantés par Arvalis et Agribio 04 à Mane, au sud des Alpes de Haute Provence, dans un climat méditerranéen. L’essai comporte trente-deux variétés, dont 13 modernes et 18 paysannes au sec et à l’irrigué afin d’en mesurer le comportement en situation de stress hydrique. Ce dernier a en effet été très prononcé dans la modalité sans irrigation étant donné le printemps très sec (38 mm cumulés en mars et avril).

Vue aérienne des essais


Le stress azoté limite l’effet bénéfique de l’irrigation

La moyenne des rendements sur les modalités en sec est en moyenne de 34,8 quintaux/ha (pour 9,8% de protéines) contre 37,1 sur les modalités irriguées (pour 10,5% de protéines). Il est à noter que cinq irrigations ont été réalisées sur la modalité irriguée pour un total de 90 mm. Cette différence de rendement toutes variétés confondues peut apparaître faible. Néanmoins, plusieurs facteurs peuvent l’expliquer:

- Il a manqué une ou deux irrigations permettant d’éliminer complètement le stress hydrique dans la modalité irriguée.

- L’azote a été un facteur limitant important du rendement. Une simulation, grâce aux modèles Agrobox et CHN d’Arvalis, a permis de montrer, sur l’exemple de la variété moderne Soléhio, que le gain de rendement dû à l’irrigation et en l’absence d’autres facteurs limitants était théoriquement de 20 quintaux/ha. Ces écarts avec le rendement potentiel s’expliquent en grande partie par la faible nutrition azotée des blés.

Les variétés modernes et paysannes se comportent différemment en situation de stress hydrique

Lorsque l’on regarde les résultats dans le détail, on observe cependant un comportement très différent entre les variétés modernes et paysannes. Si le gain de rendement des variétés modernes avec l’irrigation est statistiquement significatif (+ 6 quintaux), il est inexistant avec les variétés paysannes (+ 0,2 quintaux). Ces résultats s’expliquent probablement par les potentiels de rendement différents de ces deux types de variétés et par le climat de l’année. En effet,les variétés paysannes ont pour des raisons génétiques une plus faible fertilité d’épis (nombre de grains par épi) que les variétés modernes, sélectionnées essentiellement sur ce critère. Le climat de l’année a par ailleurs été plus favorable aux variétés modernes. Les quelques pluies du mois de mai ont en effet sauvé la composante non génétique de fertilité des épis et donc permis de davantage maximiser le rendement sur les variétés modernes. Il est à noter que l’absence de différence de rendement pour les variétés paysannes quel que soit leur régime d’irrigation s’explique par leur capacité à compenser des régressions de talle par une augmentation du nombre de grains par épi en sec.


Modalité
Effectif
Moyenne rendements
Groupe
Moderne - Irriguée
52
47,438
A


Moderne - Sans irrigation
52
41,487

B

Paysanne - Sans irrigation76
30,245


C
Paysanne - Irriguée76
29, 974


C

Rendements moyens par catégorie de variété.Les lettres représentent les différences statistiquement significatives. Lorsque deux modalités n’ont aucune lettre en commun, on peut affirmer avec certitude que la différence de rendement observée est due à la modalité. ETR: 4.16. Niveau de significativité: test de Newmann Keuls au seuil de 5%.

Dans tous les cas, le rendement des variétés modernes est significativement supérieur au rendement des variétés paysannes.


Plus de protéines à l’hectare dans les grains pour les variétés modernes

L’analyse détaillée des résultats montre que les variétés paysannes font généralement moins de rendement et plus de protéines que les variétés anciennes, en sec comme en irrigué (figure ci-dessous). L’azote disponible dans le sol est donc plus dilué dans les variétés modernes, celles-ci produisant plus de grains par m² que les paysannes. En revanche, les variétés modernes produisent plus de protéines à l’ha (taux de protéines X rendement) et ont donc une meilleure capacité à transférer de la protéine au grain. Cela peut s’expliquer par le fait que les variétés paysannes, plus hautes que les modernes stockent plus d’azote dans leurs pailles, au détriment des grains.

Teneur en protéines et rendement (Jézéquel Stéphane, Arvalis). La courbe grise foncée représente la moyenne de protéines de l’essai 350 kg à l’hectare (35 qtx à 10%). Les variétés les plus à droite ont accumulé davantage de protéines. L’écart entre deux courbes grises représente 50 kg de protéines à l’hectare. Les variétés modernes sont représentées par les points bleues, les variétés paysannes par les verts et les blé durs par les points blancs. On peut noter que les variétés récentes sont davantage aptes à transférer de la protéine au grain. Il est probable que le bon compromis (rendement protéines) soit entre Valbona-Bologna et Pireneo-Rebelde. La grosse contre-performance de Florence Aurore est liée à la présence de carie et à la verse.

 

Aller plus loin dans la caractérisation des variétés

L’objectif du projet est désormais d’aller plus loin dans la caractérisation agronomique et technologique des variétés. D’un point de vue agronomique, cette saison a vu la décentralisation progressive des tests de variétés chez différents producteurs dont la conclusion principale est que l’azote reste le principal facteur limitant du rendement. D’un point de vue technologique, des tests de panification sont en cours par Arvalis et seront prochainement réalisés par les meuniers, boulangers et paysans boulangers locaux. La dynamique d’essais va donc continuer encore cette année.









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Auteurs de cet article

Mathieu Marguerie et Nicolas Latraye (Agribio 04), Stéphane Jézéquel et Guillaume Meloux (Arvalis-Institut du Végétal)


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